lundi 16 mai 2011

Histoire de fantôme

"T'es où? Je crois qu'il y a qqn dans la maison!"
SMS de Matthieu quand Jacques et moi étions sur la route, à la porte de Paris à 23h passées. J'ai eu du mal à saisir tout de suite la situation.
Un deuxième SMS suit aussitôt après :
"Vous êtes où! J'ai vraiment peur!"
Je commence à m'affoler et le rappelle mais il ne répond pas.
Un troisième SMS bombarde mon écran :
"Vous êtes où enfin ! Je ne veux faire aucun bruit !"
On sent son affolement. Ça a l'air sérieux. Je lui dis, par SMS, qu'au contraire, il faut faire du bruit, allumer partout, faire semblant de parler à Jacques, par exemple, et appeler la police.
Jacques fonce sur l'autoroute. Mon cœur bat fort.
Quatrième SMS : "J'ai appelé la police".
Mais oui, la porte n'était sûrement pas fermée. Depuis que l'entrée arrière a été cassée, nous utilisons la porte côté rue mais comme c'est une très vieille porte et que c'est extrêmement difficile de la fermer de l'extérieur, on la laisse souvent ouverte. En tout cas, il n'y a presque plus rien dans la maison, sauf encore une télé au salon. Le reste a été transféré dans la maisonnette, mais nous nous accrochons à dormir dans la maison, chacun dans sa chambre. Et voilà, ce qui nous arrive ! Je me mords les doigts.

Les policiers sont arrivés drôlement vite, paraît-il. En civil et en uniformes, ils ont débarqué en masse, à... dix ! D'après le récit de Matthieu, c'était vraiment comme dans un film policier. Ils sont sortis des voitures comme un commando, se sont divisés en plusieurs groupes, et ont entouré la maison, cette pauvre maison minuscule éventrée... Pendant ce temps-là, Matthieu tremblotant restait sur le balcon avec Tintin collé à ses pieds et le portable à l'oreille, connecté à une policière qui lui disait "restez en ligne, ne bougez pas".
En fait, c'était parce que Tintin effrayé, d'on ne sait quoi, est monté au 1er étage pour gratter la porte de sa chambre que Matthieu est sorti sur le palier et a tendu l'oreille sur ce qui se passait en bas. Au début, il a cru que nous étions rentrés. Il a lancé un mot, mais pas de réponse. Par contre, il a entendu des grincements discrets de parquet, un silence à un moment donné, les grincements de nouveau, et tout d'un coup le bruit de papiers comme si quelqu'un fouillait dans nos affaires. Mais oui, ça ne pouvait être qu'un voleur !

Depuis que l'entrée, le WC et la cuisine ont été démolis, le mur de cage d'escalier côté salon a été ouvert, un peu sauvagement, pour qu'on puisse continuer à monter. L'autre côté qui est vide a été bouché par une planche de bois et une bâche. La maison mutilée mais habitée à moitié a un drôle d'air. Matthieu dit qu'il s'est complètement senti coincé au premier étage. Il n'y a pas d'issue de secours !

Et l'intrus ? Personne...
Les policiers n'ont rien trouvé. Matthieu a été gêné à mort devant tout ce déploiement. En plus, il n'a même pas vu le type fuir. Ce n'est pas possible !
Quand nous sommes arrivés à la maison, les policiers n'y étaient plus. Calme total. Rien n'avait bougé. Aucun trace... A-t-il rêvé ?
"Je te jure ! J'ai vraiment senti la présence de quelqu'un!"
Il est vexé car lui-même il ne comprend pas très bien ce qui s'est passé.
Le lendemain matin, Paul ajoute : "Oui, moi aussi, j'ai entendu les pas. Ce n'était pas Mik (baby-sitter qui est partie vers 22h30) ni Matthieu. Mais bon, je me suis endormi..."
En tout cas, l'heure ne correspond pas.

Je ne crois pas que nos garçons aient rêvé. Y avait-il alors vraiment un visiteur ? Il est venu à 23h, quand il y avait encore une lumière à la fenêtre ? Il ne choisirait pas plutôt 3h le matin ?
Ma conclusion est celle-ci : le fantôme de la maison s'est manifesté ! Ou l'esprit de la maison si vous voulez.
Triste ou inquiet du sort de la maison, il a dû venir errer sur notre chantier de ruine...
Je me suis donc adressée à lui à haute voix. (Heureusement une amie m'avait appris comment parler à un fantôme.)
"Ne t'inquiète pas. Nous prenons soin de ta maison. On ne la détruit pas bêtement, tu sais. On l'aime bien. On la rajeunira avec respect. Allez, tu peux maintenant t'en retourner là où tu étais. "
Je crois qu'il s'est vite apaisé et nous confie maintenant "sa maison" de son plein gré.

mardi 10 mai 2011

Démolitions

La maison comprenait une partie principale qui sera conservée et un ajout à l'arrière (petite entrée, cuisine, toilettes) qui est en cours de démolition pour être remplacé.
Au cours de la démolition, j'ai découvert du papier journal daté du jeudi 11 juin 1942. "Les Japonais débarquent aux Aléoutiennes, plusieurs bases américaines de cet archipel sont déjà occupées".

L'indication de date est intéressante même si j'aurais évidemment préféré la découvrir gravée sur des pièces d'or. En pleine Occupation, à Antony, on pensait à l'avenir...
A cet époque on construisait en parpaings de mâchefer, qui est un résidu de sidérurgie, assez léger. La partie principale est quant à elle construite en briques même si on a pu constater que les fondations étaient assises sur une semelle d'un béton de mâchefer.

En fait, quelques indices montrent que la construction initiale ne devait comprendre qu'un seul niveau. En 1942, alors que le journal parlait de guerre et de rationnement, on aurait donc construit un étage et une extension.
Aujourd'hui un plombier a démonté le chauffe-eau et coupé quelques tuyaux. Les amateurs de bain doivent maintenant prendre leur mal en patience. Le chauffe-eau à gaz n'est plus tout jeune mais on le met de côté soigneusement car on n'est pas sûr de pouvoir s'offrir un appareil moderne.

lundi 2 mai 2011

Sous la pluie, c'est moins drôle

C'est la première fois depuis le début des travaux qu'il a plu vraiment. Et ça, ça change ! On est dans la gadoue car ils creusent la terre ! Je me rends compte combien on avait de la chance jusque là avec le temps. Surtout depuis que la cuisine a été déménagée dans la maisonnette, je traverse le jardin 50 fois par jour. Quand il fait beau, ce n'est pas pénible, mais la pluie change les données. C'est une période de transition un peu déstabilisante avant la démolition de la cuisine. Les vêtements sont dans la maisonnette mais les sous-vêtements sont encore dans la maison. On dort encore dans la maison mais la maisonnette est presque remplie.
Ad. a commencé la semaine dernière à attaquer les escaliers extérieurs en béton et le sol en béton du jardin qui résistaient bien au marteau-piqueur. Avec Nat. qui est rentré de vacances, le rythme a accéléré cette semaine. Ils ont bien creusé la partie qui va être créée. Les escaliers disparus, nous sommes obligés de passer par la porte de façade et pratiquer un autre passage pour atteindre le jardin. Tintin est complètement perdu. Il ne me quitte pas d'une semelle car il est très inquiet. Mais oui, ça bouleverse son quotidien et sème la pagaille dans son "territoire".
Une surprise ! Dans le sol de la partie creusée passe le tuyau en poterie qui assure l'évacuation de la maisonnette. Heureusement, ils ne l'ont pas cassé. Mais par contre, il faudra le dévier. On ne sait jamais ce qu'il y a dans la terre si on ne creuse pas. Je préfère trouver du trésor !

samedi 23 avril 2011

Première étape

Jacques est content ! La dalle a été coulée juste avant le weekend de Pâques.
Si j'avais su que ça rendrait mon mari si heureux, je lui en aurais fait cadeau plus tôt ! Ah, la dalle ! Ça c'est le truc des hommes...

Oui, une première étape a été franchie. Et c'est peut-être le plus dur qui a été fait.
Parce que nos deux ouvriers, Nat. et Ad., ont dû évacuer tous les gravas par la petite fenêtre (le soupirail) qui se situe au-dessus de leur tête sur le devant de la maison, où est posée la benne. Heureusement ils sont jeunes et costaux.
J'ai entendu tellement de choses sur les gens du bâtiment : râleurs, tricheurs, jamais là quand on les attend, etc. Mais non, je ne les ai jamais entendu râler. Ils sont gentils et polis. Ils sont toujours à l'heure, c'est à dire que nos pauvres voisins sont réveillés par le bruit du marteau-piqueur à 8h pile. (Pourtant Matthieu a montré une performance dans sa capacité à continuer de dormir même dans ce vacarme !) A force, on est devenu très matinal. Ajouter à cela, notre rendez-vous hebdomadaire avec l'architecte et l'entrepreneur fixé à 7h30 tous les jeudis matin.

Nat. et Ad. ont travaillé dur depuis 3 semaines pour que ça finisse à temps, avant que Nat. parte en vacances une semaine dans sa famille au Portugal. Il le mérite bien. Franchement, je suis admirative.
Après Pâques, Ad. attaquera tout seul le creusement de l'agrandissement en attendant le retour de Nat. Il faudra encore supporter le bruit du marteau-piqueur pendant un certain temps. Le travail sera un peu plus facile qu'au sous-sol mais tout reste à la main car il n'y a pas d'accès pour un engin. Le dérangement sonore va être multiplié car ça se passe dehors. Mais avec ce beau temps et avec leur bonne volonté, cela ne me démoralise pas. En tout cas, pas encore...

Joyeuse Pâques à tous !

dimanche 17 avril 2011

Je tiens debout

Les sapeurs ont bien progressé.
Quelques mètres cubes après le début des travaux, je tiens debout partout dans la cave !
On remarque aussi que la technique pour le coffrage et le coulage du béton s'est progressivement affinée.
Au début on voyait beaucoup de morceaux de bois de paroisses diverses et l'effet d'ensemble rappelait un peu les fragiles cabanes de Paul.
Maintenant ça paraît clair et net. Le coup de main est pris. Il faut dire qu'il y a aussi plus de dégagement autour pour faire les choses.
Il est prévu de couler une dalle de béton cette semaine qui vient. La dalle sera posée sur sable, gravillons et couche isolante.

samedi 9 avril 2011

Art abstrait

Depuis deux semaines, ils creusent et creusent... en consolidant la fondation. Ils ont déjà rempli trois bennes de 7m3. Entre temps, nous avons vu une émission intitulée "Maison en travaux, du rêve au cauchemar"... Il y a plein d'émissions comme ça et on entend autour de soi beaucoup d'histoires horribles du même genre. C'est donc bien une possibilité que nos travaux tournent aussi un jour au cauchemar...
Mais dans la vie, si on ne prend aucun risque, on ne fait rien !

Pourquoi avons-nous choisi M. R., notre architecte ? Parce qu'il habite dans notre ville et qu'il a rénové plusieurs maisons à côté de chez lui. C'est rassurant. Parce qu'il ne nous impose pas ses idées, mais il nous écoute. Cela paraît normal mais l'autre architecte que nous avons contacté a voulu tout de suite raser notre maison avant même de la voir. Parce qu'il est drôle et un peu décalé. La photo que vous voyez, c'est le sujet qu'on l'a vu prendre. "Ça c'est de l'art abstrait !" proclamait-il. En fait, c'est notre mur du sous-sol après que Jacques a enlevé les étagères. Par ailleurs il est président d'une association qui aide les Maliens. Nous avons participé à sa soirée pour collecter de l'argent. Elle a fini en concert de rock'n roll plutôt déjanté et pas spécialement africain. Nous avons bien aimé... De plus il travaille à l'ancienne, c'est à dire en dessinant à la main. Pas question de 3D ! Et il dessine très bien.

Pourquoi avons-nous choisi M. A., notre entrepreneur ? Bien sûr parce qu'il était le moins cher. Mais ce n'est pas seulement ça. Quand il nous a présenté juste une feuille comme devis quand d'autres nous ont présenté 15 pages détaillées, c'est vrai que l'on était dubitatif ! Mais en discutant avec lui, on a vite senti qu'il avait le métier dans les mains. Il n'est pas en costume, il n'a pas un discours de commercial. Il fait ou il ne fait pas. C'est tout. Sa simplicité nous a plu. C'est un homme de terrain, un peu brut de décoffrage. Portugais, il s'entoure d'une équipe de Portugais. Oui, oui, on peut se tromper... C'est aussi parce que notre architecte a déjà travaillé plusieurs fois avec M. A. et il est en train de terminer un chantier de l'autre côté de la ville. Nous avons également visité une maison agrandie par ses soins. Le propriétaire en était très satisfait.

M.A. et M.R. forment un tandem assez rigolo. Ils s'envoient parfois des piques, comme mari et femme, mais ça fonctionne. Tous les deux, ils sont toujours à l'heure ! Son équipe aussi. C'est un critère important à mes yeux. Bon, après, il n'y a qu'à faire confiance... Confiance en son intuition et en ceux à qui nous avons confié ce projet. Sinon le monde est trop triste, je trouve.

vendredi 1 avril 2011

Marronnier amputé

M. A. , notre entrepreneur portugais, est super rapide. Je savais qu'il couperait aujourd'hui une énorme branche du marronnier qui est devant notre portail et qui gêne l'accès des gros camions.
Quand j'ai entendu le premier bruit de sa tronçonneuse, je suis aussitôt sortie de ma maisonnette en saisissant l'appareil photo, mais déjà une partie de la branche était tombée dans son camion. Un de ses ouvriers était monté sur la branche supérieure en la retenant par une corde. Qu'il est agile ! Vu la grosseur de la branche, M. A. a dû la couper en plusieurs fois.


Cela m'a fait un pincement au cœur pour ce marronnier centenaire. Ce n'est pas une chose que l'on coupe. C'est le temps qui a permis à cette branche de se développer que l'on supprime. Je sais que la ville avait déjà programmé la suppression de tous les marronniers qui bornent notre avenue car ils sont malades. C'est donc une question de temps. Mais ces marronniers font un écran de verdure si agréable en été devant notre maison. J'aime beaucoup leur touffe. Ce que l'on a coupé pour un bon déroulement des travaux, certes ce n'est qu'une branche, mais c'était une branche magnifique, puissante et têtue...